Hericium erinaceus

Crinière de lion (Hericium erinaceus) : bienfaits, études et effets secondaires

La crinière de lion est le champignon le plus étudié pour la mémoire et l'humeur. Sept essais chez l'humain, tous petits, et une abondante recherche chez l'animal : voici ce qu'ils ont réellement mesuré, et ce qu'on ignore encore.

Par La rédaction · Publié le

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La crinière de lion, ou Hericium erinaceus, est un champignon comestible blanc, en forme de cascade de pointes, qui pousse sur les feuillus. En Asie, on la mange et on l'utilise en médecine traditionnelle depuis longtemps ; en France, on la trouve surtout en gélules ou en poudre. Elle doit sa réputation de « champignon du cerveau » à deux familles de molécules, les hericenones (dans le corps fructifère) et les érinacines (dans le mycélium), qui ont stimulé la production de facteur de croissance nerveuse (NGF) dans des expériences en laboratoire [2] [15].

Ce qui suit reprend chaque bienfait annoncé et dit qui a été étudié : des humains, des animaux ou des cellules. La différence compte. Un effet sur des cellules en boîte de Petri montre un mécanisme possible ; un effet chez la souris montre ce qui se passe dans un organisme vivant ; seul un essai chez l'humain dit ce qui arrive quand une personne en avale.

Mémoire et fonctions cognitives

Niveau de preuve : Chez l’humain

C'est le domaine le mieux documenté, et celui où les résultats sont les plus encourageants.

L'essai fondateur (Japon, 2009). Trente personnes de 50 à 80 ans présentant un trouble cognitif léger ont été réparties en deux groupes de 15, l'un recevant des comprimés de poudre de crinière de lion (quatre comprimés de 250 mg, trois fois par jour), l'autre un placebo, pendant 16 semaines. Aux semaines 8, 12 et 16, le groupe Hericium avait des scores cognitifs significativement plus élevés que le groupe placebo, et l'écart grandissait avec la durée de prise. Quatre semaines après l'arrêt, les scores avaient nettement baissé. Les analyses de sang n'ont montré aucun effet indésirable [1].

Un deuxième essai japonais (2019). Des adultes ont pris, en double aveugle contre placebo, des compléments de corps fructifère pendant 12 semaines. Sur trois tests de mémoire, un seul (le MMSE, test de dépistage courant) a montré une amélioration significative par rapport au placebo ; les deux autres n'ont pas bougé [3].

Maladie d'Alzheimer débutante (Taïwan, 2020). Cet essai pilote a suivi 49 semaines des patients atteints d'une forme légère de la maladie d'Alzheimer, avec trois gélules par jour de mycélium enrichi en érinacine A ou un placebo. Le score MMSE s'est amélioré dans le groupe traité et un autre score cognitif a baissé dans le groupe placebo ; les chercheurs ont aussi relevé une meilleure sensibilité aux contrastes visuels. Quatre participants ont abandonné pour inconfort digestif, nausées ou éruption cutanée [6]. L'étude a été menée en partie par le fabricant du mycélium, un point à garder en tête.

Ce que ces trois essais ont en commun : de petits effectifs, des participants âgés ou déjà touchés par un déclin cognitif, et, là où cela a été mesuré, des effets qui s'estompent quand on arrête. Aucun ne permet de dire que la crinière de lion protège contre la maladie d'Alzheimer.

Concentration et vitesse chez l'adulte en bonne santé

Niveau de preuve : Chez l’humain

Deux essais récents ont testé l'effet d'une prise unique, sans cibler de maladie.

Au Royaume-Uni, 41 adultes de 18 à 45 ans ont reçu 1,8 g de crinière de lion ou un placebo. Une heure après la première prise, le groupe Hericium était plus rapide à un test d'attention (le Stroop). Après 28 jours, le stress ressenti avait tendance à baisser, sans atteindre le seuil statistique. Les auteurs notent aussi des résultats nuls, voire légèrement négatifs, sur d'autres tests, et appellent à la prudence vu la taille de l'échantillon [4].

Aux États-Unis, un essai croisé a comparé une prise unique de 1 g de crinière de lion d'origine nordique, un extrait de thé guayusa et un placebo. Deux heures après, la crinière de lion avait amélioré le temps de réaction à deux tests de mémoire de travail et d'attention, ainsi que certains indicateurs d'humeur autodéclarés [5].

Autrement dit : un signal sur la vitesse de réaction, mesuré sur quelques tests, dans des études courtes. Rien qui permette de parler d'un effet durable sur la concentration.

Les essais chez l'humain en un coup d'œil

Les sept essais publiés sont résumés ci-dessous. Les quantités sont celles données dans chaque étude : elles décrivent ce qui a été testé, pas une recommandation.

ÉtudeParticipantsDuréeProduit testéRésultat principal
Mori, 2009 [1]30 adultes de 50 à 80 ans, trouble cognitif léger16 semainesComprimés de poudre (96 % de champignon séché)Scores cognitifs supérieurs au placebo, en baisse après l'arrêt
Nagano, 2010 [2]30 femmes4 semainesBiscuits contenant de l'HericiumScores de dépression et de plaintes diverses en baisse
Vigna, 2019 [7]77 personnes en surpoids ou obèses8 semainesComplément d'HericiumDépression, anxiété et troubles du sommeil en baisse ; pas de placebo décrit
Saitsu, 2019 [3]Adultes12 semainesComplément de corps fructifèreUn test cognitif sur trois amélioré
Li, 2020 [6]Patients avec Alzheimer léger49 semainesMycélium enrichi en érinacine AScores cognitifs meilleurs que sous placebo ; 4 abandons
Docherty, 2023 [4]41 adultes de 18 à 45 ans1 prise puis 28 jours1,8 g d'HericiumPlus rapide au Stroop après une prise ; peu d'effets à 28 jours
La Monica, 2023 [5]Adultes, essai croiséPrise unique1 g d'Hericium d'origine nordiqueTemps de réaction amélioré à deux tests

Deux remarques en lisant ce tableau. D'abord, aucun de ces produits n'est le même : poudre, biscuit, extrait, mycélium enrichi. Ensuite, plusieurs essais ont été menés ou financés par des producteurs de champignons, comme l'indiquent leurs affiliations (Hokuto Corporation pour l'essai de 2009, Grape King Bio pour celui de 2020) ; cela n'invalide pas les résultats, mais rend d'autant plus nécessaire une réplication indépendante.

Humeur, anxiété et sommeil

Niveau de preuve : Données mixtes

Chez l'humain. Trente femmes japonaises ont mangé pendant 4 semaines des biscuits contenant de la crinière de lion ou des biscuits placebo. Les scores de dépression et de « plaintes indéfinies » ont baissé dans le groupe Hericium par rapport au début de l'étude, et deux items de ce questionnaire, dont les palpitations, étaient plus bas que dans le groupe placebo [2]. En Italie, 77 personnes en surpoids ou obèses, suivant un régime hypocalorique et souffrant de troubles de l'humeur, du sommeil ou de compulsions alimentaires, ont pris un complément d'Hericium pendant 8 semaines : les scores de dépression, d'anxiété et de troubles du sommeil ont diminué [7]. Le résumé de cette seconde étude ne décrit pas de groupe placebo, ce qui limite fortement ce qu'on peut en conclure : le régime lui-même peut jouer.

Chez l'animal. Des souris ayant reçu un extrait d'Hericium chaque jour pendant 4 semaines se sont montrées moins anxieuses et moins « résignées » dans des tests comportementaux standard, et leur hippocampe produisait davantage de nouveaux neurones [8]. C'est une piste de mécanisme, pas une démonstration chez l'humain.

Sur cellules. Un extrait aqueux a protégé des cellules de rat de la lignée PC-12, un modèle courant de neurone en culture, contre le stress oxydatif provoqué par de fortes doses de corticostérone, une hormone du stress [10].

D'où viendraient ces effets

La piste la plus citée est celle du facteur de croissance nerveuse, une protéine qui aide les neurones à survivre et à se ramifier. Des hericenones et des érinacines ont stimulé sa production dans des cultures de cellules [2] [15]. Mais les auteurs de l'essai japonais sur l'humeur notent eux-mêmes que les effets observés chez leurs participantes pourraient passer par un autre mécanisme [2]. Chez la souris, c'est la formation de nouveaux neurones dans l'hippocampe qui a été mesurée [8] ; dans l'essai italien, c'est un précurseur du BDNF, une autre protéine liée à la plasticité du cerveau, qui a augmenté dans le sang [7]. Ces observations sont cohérentes entre elles, sans qu'aucune ne démontre le mécanisme chez l'humain.

Nerfs périphériques

Niveau de preuve : Chez l’animal

Chez le rat, un extrait aqueux de corps fructifère frais donné chaque jour après l'écrasement d'un nerf de la patte a été associé à une récupération plus rapide de la marche que chez les rats non traités [9]. Aucune étude chez l'humain n'a testé cet effet. Les allégations de « régénération nerveuse » que l'on lit sur certains emballages reposent sur ce type d'expériences animales.

Effets secondaires et précautions

La crinière de lion est un aliment consommé depuis longtemps, et les données de sécurité disponibles sont plutôt rassurantes, avec quelques exceptions à connaître.

  • Dans les essais chez l'humain : pas d'effet indésirable relevé dans les analyses de l'essai de 2009 [1]. Dans l'essai de 49 semaines, quatre abandons pour inconfort abdominal, nausées ou éruption cutanée [6].
  • Allergie : un homme de 63 ans a développé une détresse respiratoire aiguë grave, attribuée à un extrait de crinière de lion pris quatre mois plus tôt ; il s'est rétabli sous traitement en réanimation [13]. Un cas de dermatite de contact professionnelle a aussi été décrit chez une personne manipulant ce champignon [14]. Ces cas sont rares, mais toute réaction cutanée ou respiratoire doit faire arrêter la prise.
  • Toxicité chez l'animal : des rats nourris 13 semaines avec du mycélium enrichi en érinacine A, jusqu'à 2 625 mg par kilo de poids corporel, n'ont montré aucun signe toxique [11]. Une préparation de bêta-glucanes d'Hericium donnée 90 jours à des rats, jusqu'à 2 000 mg/kg, n'a pas non plus produit d'effet indésirable ni de génotoxicité [12].

Grossesse, allaitement, enfants : aucune étude. Faute de données, mieux vaut s'abstenir.

Interactions médicamenteuses

Nous n'avons trouvé aucune étude d'interaction entre la crinière de lion et un médicament chez l'humain. L'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence : si vous prenez un traitement au long cours (anticoagulant, antidiabétique, antidépresseur ou autre), parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer un complément.

Comment choisir un complément de crinière de lion

Les études ci-dessus n'ont pas toutes utilisé le même produit, et c'est la première chose à regarder sur une étiquette.

  1. Corps fructifère ou mycélium ? Le corps fructifère (la partie visible du champignon) contient surtout des hericenones ; le mycélium (le réseau de filaments) contient surtout des érinacines [15]. Les essais japonais sur la mémoire ont utilisé du corps fructifère [1], l'essai taïwanais du mycélium enrichi [6]. Une étiquette sérieuse dit laquelle des deux parties est utilisée.
  2. Poudre ou extrait ? Une poudre est le champignon séché et broyé. Un extrait concentre certains composés, avec un ratio (par exemple 10:1) ou un taux de polysaccharides annoncé.
  3. Taux de bêta-glucanes et méthode de dosage. Un pourcentage de « polysaccharides » peut inclure l'amidon du support de culture ; un taux de bêta-glucanes mesuré par une méthode enzymatique est plus parlant.
  4. Analyses publiées : métaux lourds, pesticides, identité de l'espèce.
  5. Bio et origine de la culture.

Nous détaillons ces critères, et comment les vérifier, dans notre guide pour choisir le meilleur hericium. Nous n'avons testé aucun produit : notre méthode explique ce que nous comparons, et la page divulgation d'affiliation comment le site est financé.

Ce que l'on ne sait pas encore

  • Si les effets sur la mémoire tiennent dans un grand essai indépendant, avec plusieurs centaines de participants.
  • Quelle partie du champignon, et quelle quantité, produit ces effets chez l'humain : les essais ont utilisé des produits trop différents pour comparer.
  • Si les effets durent après l'arrêt : le seul essai qui l'a mesuré a vu les scores redescendre en quatre semaines.
  • Si les hericenones et les érinacines atteignent le cerveau humain en quantité suffisante après ingestion.

Questions fréquentes

La crinière de lion améliore-t-elle vraiment la mémoire ?

Trois petits essais contre placebo, chez des adultes âgés ou présentant un déclin cognitif, ont mesuré de meilleurs scores à des tests cognitifs pendant la prise, sur 12 à 49 semaines. Le premier ne comptait que 30 participants, et les scores y sont redescendus quatre semaines après l'arrêt. C'est prometteur, mais aucun grand essai indépendant ne l'a confirmé.

Au bout de combien de temps voit-on un effet ?

Dans l'essai de 2009, le premier écart significatif avec le placebo a été mesuré à 8 semaines, et il a grandi jusqu'à 16 semaines. Deux essais courts ont aussi rapporté des temps de réaction plus rapides une à deux heures après une prise unique, sur quelques tests seulement.

Quels sont les effets secondaires de l'hericium ?

Dans l'essai le plus long (49 semaines), quatre participants ont arrêté pour inconfort abdominal, nausées ou éruption cutanée. Deux cas isolés de réaction allergique ont été publiés, dont une atteinte pulmonaire grave chez un homme de 63 ans. Les études de toxicité chez le rat n'ont pas relevé d'effet toxique.

Peut-on prendre de la crinière de lion avec un traitement médical ?

Nous n'avons trouvé aucune étude d'interaction médicamenteuse chez l'humain. L'absence de données n'est pas une preuve d'absence de risque : si vous suivez un traitement, demandez l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.

Corps fructifère ou mycélium : lequel ont utilisé les études ?

Les deux. Les essais japonais sur la mémoire utilisaient la poudre du corps fructifère, tandis que l'essai taïwanais de 49 semaines utilisait du mycélium enrichi en érinacine A. Les deux parties ne contiennent pas les mêmes composés, donc un résultat obtenu avec l'une ne se transpose pas automatiquement à l'autre.

Sources

  1. Étude chez l’humain Mori et al. (2009). Improving effects of the mushroom Yamabushitake (Hericium erinaceus) on mild cognitive impairment: a double-blind placebo-controlled clinical trial. Phytotherapy Research. PubMed 18844328
  2. Étude chez l’humain Nagano et al. (2010). Reduction of depression and anxiety by 4 weeks Hericium erinaceus intake. Biomedical Research. PubMed 20834180
  3. Étude chez l’humain Saitsu et al. (2019). Improvement of cognitive functions by oral intake of Hericium erinaceus. Biomedical Research. PubMed 31413233
  4. Étude chez l’humain Docherty et al. (2023). The Acute and Chronic Effects of Lion's Mane Mushroom Supplementation on Cognitive Function, Stress and Mood in Young Adults: A Double-Blind, Parallel Groups, Pilot Study. Nutrients. PubMed 38004235
  5. Étude chez l’humain La Monica et al. (2023). Acute Effects of Naturally Occurring Guayusa Tea and Nordic Lion's Mane Extracts on Cognitive Performance. Nutrients. PubMed 38140277
  6. Étude chez l’humain Li et al. (2020). Prevention of Early Alzheimer's Disease by Erinacine A-Enriched Hericium erinaceus Mycelia Pilot Double-Blind Placebo-Controlled Study. Frontiers in Aging Neuroscience. PubMed 32581767
  7. Étude chez l’humain Vigna et al. (2019). Hericium erinaceus Improves Mood and Sleep Disorders in Patients Affected by Overweight or Obesity: Could Circulating Pro-BDNF and BDNF Be Potential Biomarkers? Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. PubMed 31118969
  8. Étude animale Ryu et al. (2018). Hericium erinaceus Extract Reduces Anxiety and Depressive Behaviors by Promoting Hippocampal Neurogenesis in the Adult Mouse Brain. Journal of Medicinal Food. PubMed 29091526
  9. Revue de la littérature Wong et al. (2012). Neuroregenerative potential of lion's mane mushroom, Hericium erinaceus (Bull.: Fr.) Pers. (higher Basidiomycetes), in the treatment of peripheral nerve injury (review). International Journal of Medicinal Mushrooms. PubMed 23510212 — Synthèse d'expériences menées chez le rat.
  10. Étude sur cellules Lew et al. (2020). Neuroprotective effects of Hericium erinaceus (Bull.: Fr.) Pers. against high-dose corticosterone-induced oxidative stress in PC-12 cells. BMC Complementary Medicine and Therapies. PubMed 33176761
  11. Étude animale Lee et al. (2019). Thirteen-Week Oral Toxicity Evaluation of Erinacine AEnriched Lion's Mane Medicinal Mushroom, Hericium erinaceus (Agaricomycetes), Mycelia in Sprague-Dawley Rats. International Journal of Medicinal Mushrooms. PubMed 31002635
  12. Étude animale Chen et al. (2022). Subchronic toxicity and genotoxicity studies of Hericium erinaceus β-glucan extract preparation. Current Research in Toxicology. PubMed 35341120
  13. Cas clinique Nakatsugawa et al. (2003). Hericium erinaceum (yamabushitake) extract-induced acute respiratory distress syndrome monitored by serum surfactant proteins. Internal Medicine. PubMed 14714963
  14. Cas clinique Maes et al. (1999). Occupational allergic contact dermatitis from the mushroom White Pom Pom (Hericium erinaceum). Contact Dermatitis. PubMed 10344494
  15. Revue de la littérature Friedman (2015). Chemistry, Nutrition, and Health-Promoting Properties of Hericium erinaceus (Lion's Mane) Mushroom Fruiting Bodies and Mycelia and Their Bioactive Compounds. Journal of Agricultural and Food Chemistry. PubMed 26244378