Inonotus obliquus
Chaga (Inonotus obliquus) : bienfaits, études et effets secondaires
Le chaga est un champignon du bouleau très vendu en poudre et en extrait, sans qu'aucun essai contrôlé chez l'humain n'ait été trouvé. Ce que montrent les études sur la souris et sur cellules, trois cas publiés d'atteinte des reins liés à l'oxalate, et comment distinguer le chaga du mycélium sur grain.
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Le chaga (Inonotus obliquus) est un champignon parasite du bouleau et d'autres arbres [1]. Ce que l'on appelle « chaga » est un sclérote que l'on récolte sur l'arbre ; certains produits vendus sous ce nom contiennent en réalité du mycélium, parfois cultivé sur grain [2]. Il contient des polysaccharides riches en bêta-glucanes [3], des triterpénoïdes, des polyphénols et de la mélanine [2]. Il a une longue histoire d'usage en médecine populaire russe, y compris pour le diabète [4].
Une chose d'abord, parce qu'elle change la lecture de tout le reste : nous n'avons trouvé aucun essai contrôlé chez l'humain sur le chaga. Les « bienfaits » qui suivent viennent de la souris et de cellules ; ils indiquent des pistes, pas des effets chez la personne qui avale une gélule. La seule donnée publiée chez l'humain porte sur des dommages aux reins, détaillés plus bas.
Glycémie, lipides et acide urique
Niveau de preuve : Chez l’animal
Trois études sur des souris rendues diabétiques ou hyperuricémiques.
Souris diabétiques (2021). Des souris C57BL/6 rendues diabétiques par un régime gras et une faible dose de streptozotocine ont reçu chaque jour pendant 8 semaines, par gavage, un extrait d'eau sous pression de chaga, composé surtout de bêta-glucanes, de triterpénoïdes et de polyphénols. À 250 et 500 mg par kilo, l'extrait a fait baisser la glycémie et la résistance à l'insuline, augmenté le HDL-cholestérol et fait baisser le cholestérol total, les triglycérides et le LDL-cholestérol. Les auteurs écrivent que l'effet à 500 mg par kilo était le même que celui de la metformine donnée à d'autres souris [4].
Autres souris diabétiques (2022). Dans un modèle semblable, 150 mg par kilo pendant 5 semaines ont fait baisser la glycémie, le LDL-cholestérol et les triglycérides, et le nombre de cellules bêta normales du pancréas était plus élevé que chez les souris diabétiques non traitées [5].
Souris à l'acide urique élevé (2022). Des acides triterpéniques extraits du chaga ont fait baisser l'acide urique chez des souris rendues hyperuricémiques, et ont inhibé in vitro une enzyme qui fabrique l'acide urique (la xanthine oxydase) [6].
Ce sont des modèles de maladie provoquée chez la souris, avec des doses en mg par kilo qui ne se transposent pas en quantités humaines. Aucun essai chez l'humain n'a testé le chaga sur la glycémie.
Inflammation de l'intestin
Niveau de preuve : Chez l’animal
Des souris dont l'intestin a été enflammé par du dextran sulfate de sodium (DSS) pendant 7 jours ont reçu un extrait aqueux de chaga à 50 ou 100 mg par kilo. Leur côlon présentait moins d'œdème et de lésions de la muqueuse, moins d'afflux de cellules immunitaires et moins d'expression de molécules de l'inflammation (TNF-α, IL-1β, IL-6, interféron gamma) que celui des souris non traitées [7]. Une étude de 2026 sur le même modèle a donné de la mélanine brute de chaga : les symptômes de colite ont diminué, la barrière intestinale s'est renforcée, et la composition du microbiote a changé [8]. Rien n'a été testé chez l'humain.
Fatigue physique
Niveau de preuve : Chez l’animal
Dans une étude chez 64 souris mâles, des polysaccharides de chaga donnés 14 jours à 100, 200 ou 300 mg par kilo ont allongé le temps de nage forcée, augmenté le glycogène du foie et du muscle, et fait baisser le lactate sanguin et l'urée ; l'examen du foie n'a pas montré de toxicité [9]. C'est un test de nage chez la souris, qui ne dit rien de la fatigue chez l'humain.
Peau
Niveau de preuve : Données mixtes
Un sous-produit du chaga extrait à l'éthanol a été testé sur des cellules de peau et sur des souris atteintes d'une dermatite atopique provoquée par un produit chimique (le DNCB) : appliqué sur la peau, il a amélioré le score de dermatite, l'infiltration par les mastocytes, et diminué de 26,19 % les IgE sériques [10]. Il s'agit d'une application locale chez la souris ; elle ne dit rien de la prise orale chez l'humain.
D'où viendraient ces effets
Les composés cités dans les études sont les polysaccharides (des hétéropolysaccharides riches en bêta-glucanes) [3], les triterpénoïdes, les phénoliques comme l'hispidine et la mélanine [2]. Les mécanismes proposés ont été étudiés dans des modèles précis : l'activation de voies de signalisation du foie (PI3K/Akt, AMPK/ACC) chez la souris diabétique [4], l'inhibition de la xanthine oxydase [6], la baisse de médiateurs de l'inflammation dans le côlon de souris [7]. Un tripeptide isolé de mycélium de chaga a aussi inhibé l'agrégation des plaquettes in vitro, et chez la souris [11]. Aucun de ces mécanismes n'a été démontré chez l'humain.
Effets secondaires et précautions
C'est le point à connaître en premier : l'oxalate. Le chaga contient des concentrations d'oxalate extrêmement élevées [12]. Une analyse d'un échantillon de poudre a mesuré une teneur de 14,2 pour 100 g [13], ce que recoupent les chiffres de l'étude chez le rat (183 mg d'oxalate pour 1 281,6 mg de poudre, soit environ 14 %) [14]. Trois cas d'atteinte des reins après une prise répétée de poudre de chaga ont été publiés.
| Cas | Patient et prise | Ce qui a été constaté |
|---|---|---|
| Japon, 2014 [12] | Femme de 72 ans, 4 à 5 cuillères à café de poudre par jour pendant 6 mois | Baisse de la fonction rénale, dialyse démarrée ; biopsie : atrophie des tubules, fibrose et cristaux d'oxalate |
| Corée, 2020 [13] | Homme de 49 ans, poudre de chaga pendant plusieurs années pour une dermatite atopique | Insuffisance rénale terminale ; biopsie : néphrite chronique avec dépôts de cristaux d'oxalate |
| 2022 [1] | Homme de 69 ans, 10 à 15 g de poudre par jour et 500 mg de vitamine C par jour pendant 3 mois | Insuffisance rénale aiguë avec syndrome néphrotique, dépôts d'oxalate de calcium ; fonction rénale revenue un mois après dialyse et corticoïdes |
Dans le cas de 2020, l'apport quotidien estimé en oxalate était 2 fois plus élevé que dans une alimentation habituelle pendant quatre ans, puis 5 fois plus élevé pendant un an [13].
Ces cas sont isolés et ne prouvent pas à eux seuls la fréquence du risque. Une étude de 2026 chez le rat, avec des doses déduites de l'un de ces cas, apporte un argument : les différences portaient sur le groupe à forte dose (3 844,8 mg de poudre par kilo, soit 549 mg d'oxalate par kilo), pas sur celui à dose standard (1 281,6 mg par kilo) : ces rats avaient un poids plus faible, éliminaient plus de protéines dans l'urine et présentaient des dépôts de cristaux d'oxalate et des lésions des tubules rénaux [14]. Les trois cas concernent de la poudre ; nous n'avons trouvé aucune donnée sur la teneur en oxalate des extraits.
- Si vous avez ou avez eu une maladie des reins, des calculs rénaux ou des cristaux d'oxalate, demandez l'avis de votre médecin avant tout complément de chaga.
- Autres données de sécurité : chez la souris, l'inotodiol (un composé du chaga) donné à répétition, sous forme brute ou purifiée, n'a provoqué ni mortalité ni anomalie des organes [15]. C'est un composé isolé, pas une poudre.
- Essais chez l'humain : aucun, donc aucune donnée contrôlée sur les effets indésirables.
- Grossesse, allaitement, enfants : aucune étude trouvée. Faute de données, mieux vaut s'abstenir.
Interactions médicamenteuses
Nous n'avons trouvé aucune étude d'interaction entre le chaga et un médicament chez l'humain. Les seules données sont de laboratoire : un tripeptide du mycélium a inhibé l'agrégation plaquettaire in vitro et chez la souris [11], et un extrait a fait baisser la glycémie de souris diabétiques, comparé à la metformine mais jamais associé à elle [4]. Ces résultats ne disent pas ce qui se passe chez une personne sous anticoagulant, antiagrégant ou antidiabétique : si vous suivez un traitement au long cours, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer un complément.
Comment choisir un complément de chaga
Faute d'essais, le choix se joue sur la nature du produit, et c'est là que le marché est le plus flou.
- Sclérote ou mycélium sur grain ? Une étude de 2025 a comparé du chaga sauvage à des compléments contenant du grain fermenté par du mycélium : le dosage des bêta-glucanes et le test à l'iode ont montré une composition riche en amidon pour les produits à base de grain, et aucun amidon dans le chaga authentique ; la mélanine et les marqueurs de triterpénoïdes permettent aussi de les distinguer [16].
- Des marqueurs présents ou non. Sur 18 compléments analysés en 2026, 8 (44 %) contenaient du mycélium broyé, sans marqueurs de triterpénoïdes ni de phénoliques caractéristiques du chaga ; 8 autres (44 %) contenaient des triterpénoïdes et de l'hispidine ; 2 (11 %) ne montraient que des composés phénoliques [2].
- L'oxalate. Les cas publiés concernent la poudre de chaga, et nous n'avons trouvé aucune donnée sur la teneur en oxalate des produits du commerce.
Notre guide pour choisir le meilleur chaga détaille ces critères et ce que publient les marques. Notre guide sur la différence entre corps fructifère et mycélium explique la mention « mycélium sur grain ». Nous n'avons testé aucun produit : notre méthode explique ce que nous comparons.
Ce que l'on ne sait pas encore
- Si le chaga a le moindre effet mesurable chez l'humain : aucun essai contrôlé n'a été trouvé.
- Quelle quantité de poudre devient un risque pour les reins, et si les extraits sont concernés : les cas concernent de la poudre, et les données sur l'oxalate des extraits manquent.
- Si les effets observés chez la souris sur la glycémie, l'intestin ou la fatigue se retrouvent chez l'humain.
- Quelles interactions avec les médicaments existent : aucune étude n'a été trouvée.
Questions fréquentes
Le chaga a-t-il été testé chez l'humain ?
Nous n'avons trouvé aucun essai contrôlé chez l'humain sur le chaga. Les effets rapportés viennent d'études sur la souris (glycémie, inflammation de l'intestin, fatigue à la nage) et sur cellules. Les seules observations chez l'humain sont trois cas publiés d'atteinte des reins.
Le chaga peut-il abîmer les reins ?
Trois cas d'atteinte des reins ont été publiés après la prise de poudre de chaga, dont une insuffisance rénale terminale et un cas où une dialyse a été démarrée. Le chaga contient des concentrations d'oxalate extrêmement élevées, et des rats nourris à forte dose ont présenté des dépôts de cristaux d'oxalate et des lésions des tubules rénaux. Ces cas sont isolés, mais ils justifient de demander l'avis d'un médecin en cas de maladie des reins.
Le chaga fait-il baisser la glycémie ?
Chez des souris rendues diabétiques, deux études ont mesuré une baisse de la glycémie avec un extrait de chaga, et l'une l'a comparée à l'effet de la metformine. Aucun essai chez l'humain n'a testé cet effet. Un résultat sur la souris ne se transpose pas à une personne.
Quelle différence entre chaga sauvage et mycélium sur grain ?
Une étude de 2025 a montré que des compléments à base de grain fermenté par du mycélium étaient riches en amidon, contrairement au chaga authentique. Une analyse de 18 compléments en 2026 a trouvé du mycélium broyé, sans marqueurs de triterpénoïdes ni de phénoliques du chaga, dans 8 d'entre eux. Un produit doit dire s'il contient le sclérote ou du mycélium.
Peut-on prendre du chaga avec un médicament ?
Nous n'avons trouvé aucune étude d'interaction chez l'humain. En laboratoire, un tripeptide du mycélium a inhibé l'agrégation des plaquettes, et un extrait a fait baisser la glycémie de souris diabétiques. Ces résultats ne remplacent pas l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien si vous suivez un traitement.
Sources
- Cas clinique Kwon et al. (2022). Chaga mushroom-induced oxalate nephropathy that clinically manifested as nephrotic syndrome: A case report. Medicine. PubMed 35451393
- Méthode d’analyse Avula et al. (2026). Quantitative Analysis and Simultaneous Characterization of Triterpenoids and Phenolics in Inonotus obliquus (Chaga) Using LC-PDA-ELSD and LC-DAD-QToF. Planta Medica. PubMed 40854436
- Revue de la littérature Cui et al. (2026). Preparation, bioactivities, structure-activity relationships, applications, and safety concerns of Inonotus obliquus polysaccharides: A review. International Journal of Biological Macromolecules. PubMed 41724299
- Étude animale Zhang et al. (2021). Effect of Inonotus obliquus (Fr.) Pilat extract on the regulation of glycolipid metabolism via PI3K/Akt and AMPK/ACC pathways in mice. Journal of Ethnopharmacology. PubMed 33640441
- Étude animale Chen et al. (2022). Anti-diabetic effects of Inonotus obliquus extract in high fat diet combined streptozotocin-induced type 2 diabetic mice. Nutrición Hospitalaria. PubMed 36173186
- Étude animale Luo et al. (2022). Triterpenoid acids from medicinal mushroom Inonotus obliquus (Chaga) alleviate hyperuricemia and inflammation in hyperuricemic mice: Possible inhibitory effects on xanthine oxidase activity. Journal of Food Biochemistry. PubMed 34528276
- Étude animale Mishra et al. (2012). Orally administered aqueous extract of Inonotus obliquus ameliorates acute inflammation in dextran sulfate sodium (DSS)-induced colitis in mice. Journal of Ethnopharmacology. PubMed 22819687
- Étude animale Yuan et al. (2026). Inonotus obliquus Crude Melanin Ameliorates DSS-Induced Colitis with Modulation of Gut Microbiota and Neutrophil pro-NETotic Activation. Nutrients. PubMed 42280375
- Étude animale Yue et al. (2015). Effect of Inonotus Obliquus Polysaccharides on physical fatigue in mice. Journal of Traditional Chinese Medicine. PubMed 26427119
- Étude animale Liu et al. (2026). Chaga Mushroom (Inonotus obliquus) Attenuates DNCB-Induced Atopic Dermatitis by Modulating Oxidative Stress and Cytokine Expression. Journal of Microbiology and Biotechnology. PubMed 41581894
- Étude sur cellules Hyun et al. (2006). Isolation and characterization of a novel platelet aggregation inhibitory peptide from the medicinal mushroom, Inonotus obliquus. Peptides. PubMed 16289471
- Cas clinique Kikuchi et al. (2014). Chaga mushroom-induced oxalate nephropathy. Clinical Nephrology. PubMed 23149251
- Cas clinique Lee et al. (2020). Development of End Stage Renal Disease after Long-Term Ingestion of Chaga Mushroom: Case Report and Review of Literature. Journal of Korean Medical Science. PubMed 32419395
- Étude animale Lee et al. (2026). Kidney Injury Induced by High-Dose Chaga Mushroom Consumption: Experimental Evidence in a Rat Model. Journal of Korean Medical Science. PubMed 41555803
- Étude animale Nguyen et al. (2022). Evaluation of Toxicity and Efficacy of Inotodiol as an Anti-Inflammatory Agent Using Animal Model. Molecules. PubMed 35897881
- Méthode d’analyse Windsor et al. (2025). Comparative Study of Chaga (Inonotus obliquus) Dietary Supplements Using Complementary Analytical Techniques. International Journal of Molecular Sciences. PubMed 40243601